affiche de oh my god pour illustrer l'article parciparla.fr dédié au traitement de l'hysérie par la masturbation et les vibromasseur inventé par Mortimer

Orgasme sur Ordonnance : l’improbable traitement de l’Hystérie au 19ème siècle

Il est vrai que parfois, je pars de ma petite vie personnelle pour évoquer un sujet… et c’est ici le cas.

“Tiens en voila un chouette sujet pour PCPL : Hystérie et Masturbation que je me suis dit alors que…
… je regardais le film “Oh ! My God”… Bande d’esprits mal placés que vous êtes !!!


Pour celles et ceux qui ne connaitraient pas ce film, il s’agit d’une (libre) adaptation de la vie de Joseph Mortimer Granville, qu’on considère comme l’inventeur du vibromasseur (1883).

Je dis “libre interprétation” car dans le film le “Percuteur” ou “Marteau de Granville” a été inventé pour soulager les vapeurs morbides des femmes alors qu’en réalité, JM Granville a inventé le vibromasseur pour soigner les douleurs musculaires des hommes. (sic!)
vibromasseur du 19ème siècle, basé sur l'invention de Mortimer rganville, utilisé pour traiter l'hysterie des femmesL’usage au sexe féminin était même fortement déconseillé; ces dernières étant jugées “incapables de supporter l’ébranlement causé par les vibrations de l’engin”

Mais évidemment, il ne fallut pas longtemps pour se dire que vue la forme oblongue de l’objet, on devait bien pouvoir l’insérer quelque part !
Ahhhh l’être humain, je vous jure !

Mais revenons à l’Hystérie.


Les plus anciennes références à l’hystérie remontent à l’Antiquité et à ce cher Hippocrate qui est le premier à établir le concept de “maladie psychosomatique” (psyché = esprit – soma = corps) et à faire le lien entre l’utérus des femmes et leurs vapeurs.

C’est d’ailleurs ce lien qui donna son nom à la maladie puisque “Hustera” signifie littéralement “Uterus” (il s’est pas trop foulé sur ce coup là Hippocrate).
Et comme les remèdes les plus simples sont souvent les meilleurs, Hippocrate préconise une stimulation dudit utérus comme thérapeutique.
Fastoche !

De son coté, Platon tire à peu près les mêmes conclusions et définit l’hystérie comme une maladie organique due à l’absence prolongée de fécondation de la femme.
Mesdames, en cas de petit pic d’hystérie, merci donc de vous faire engrosser.

Au Moyen-Âge, l’idée de psychosomatique n’a plus cours.
La religion exclue le sexe et (évidemment) le plaisir comme remède à quoi-que-ce-soit et la femme hystérique devient une sorcière, envoûtée par Satan qu’il faut exorciser.
Et si ça ne marche pas : un bon vieux bûcher fera l’affaire.

A la Renaissance on progresse un peu avec les médecins anglais qui ont le vent en poupe notamment grâce aux premiers pas de la Neurologie.
Exit démons et Satan, l’hystérie revient dans le giron des maladies naturelles mais on attribue son origine au cerveau.

Puis vint le 19ème siècle, siècle glorieux de l’hystérique, apogée de la zinzin, summum de la folle-dingue.

On ne sait toujours pas exactement en quoi consiste cette maladie, et nombre de femmes sont juste considérées comme des simulatrices, mais le concept est bien pratique et sert de poubelle diagnostique à toutes les pathologies qu’on n’est pas capable de bien identifier.

Extase, tétanie, érotisme outrancier, hallucination auditives… du bon vieux coup de nerfs à la petite crise d’épilepsie : vous étiez hystéro.
Ce qui explique qu’à cette époque, 1 femme sur 4 se voit estampillée hystérique.

En revanche, vous remarquerez que l’hystérie, malgré le flou qui l’entoure, a gardé son nom d’origine : c’est qu’au 19ème siècle on considère encore, plus de 10 siècles après Hippocrate, que l’hystérie est bel et bien une “suffocation de l’utérus”.

portrait de Jean Martin Charcot, père del'hypnose pour illustrer l'article PCPL dédié au traitement de l'hystérie par la masturbationEn France, le premier à véritablement s’intéresser aux hystériques est Jean-Martin Charcot, père de l’hypnose et professeur de Freud.

Dès 1878, ses travaux sur l’hystérie permettent la création de l’École de la Pitié Salpêtrière, qui jusque là n’était qu’un asile de rétention.
Il y teste de nombreuses méthodes d’observation, dresse des tableaux cliniques, répertorie des variantes de l’hystérie etc… afin de mieux comprendre cette mystérieuse maladie qui touche tant de femmes.

Il teste également nombre de thérapies avec plus ou moins de succès :
– Électrothérapie
– Hydrothérapie (5 douches froides par jour et par nuit, ça vous calmait vite fait)
– Magnétisme
-Métallo-thérapie
– Suspension
mais aussi : ceinture de compression ovarienne ou massage vulvaire car selon ses propres dires : « c’est toujours, toujours, la chose génitale qui est à l’œuvre dans des cas pareils »

Selon Charcot, le meilleur traitement était donc de faire jouir les femmes ; on appelait ça “atteindre le paroxysme hystérique”.

Mais attention !
On parle là de soins, de massages vaginaux thérapeutiques pratiqués avec un outillage médical dédié : la masturbation reste déconseillée car jugée responsable de l’anaphrodisie (perte du désir sexuel) et/ou de l’aversion conjugale. (cherchez pas à comprendre !)

publicité pour les massage vulvaire, et la masturbation comme traitement de l'hysterie pour l'article PCPLen 1883, la méthode sort des murs de l’hôpital et se démocratise avec la parution de “Leçons cliniques sur les maladies de la femme – Point de vue gynécologique de l’Hystérie” d’Auguste Tripier qui affirme que le massage vaginal jusqu’à l’orgasme est le seul et unique traitement efficace de l’Hystérie.

Dès lors, plutôt que de risquer se voir internée sous prétexte de “mauvaises pensées”, de “bouffées de chaleur”, “d’humeur maussade”, de “crises d’anxiété” ou encore de “poitrine oppressée”, ces dames se ruent dans les cabinets médicaux pour recevoir leur petit orgasme médical.

Techniquement c’est très simple :
Après avoir confortablement installé leur patiente sur un siège à étriers (comme celui de chez le gynéco; mesdames, vous voyez de quoi je parle ? ) et pris soin de préserver leur pudeur derrière un voile tendu, les médecins introduisaient un ou plusieurs doigts dans l’entre-jambes de ces dames et astiquaient jusqu’à “soulager la congestion”.

Ce qui prenait de 20 à 60 minutes (tout de même), puisque l’orgasme était à atteindre exclusivement par pénétration vaginale. (ça devait quand même donner des crampes en fin de journée, après avoir “traité” 5 ou 6 patientes, non ?)

Mais peu importe la rudesse de la tache : le marché du massage vaginal se développe et devient très lucratif, jusqu’à permettre à des cabinets de se spécialiser dans ce traitement.

Et vers 1920 : c’est le déclin.

Non que les utérus de ses dames soient guéris mais, 2 raisons majeures expliquent que les cabinets de “traitement de l’hystérie” commencèrent à fermer leurs portes.

1) D’abord l’électricité s’invite dans les foyers et avec elle, il devient possible d’acquérir son propre vibromasseur (de soins, on est bien d’accord) et de s’automédicaliser peinarde à la maison.

Le succès du vibro perso fut à la hauteur des cabinet médicaux : au tout début du 20ème siècle, le vibromasseur électrique était le cinquième appareil électroménager le plus vendu, après la machine à coudre, le ventilateur, la bouilloire et le grille-pain.

2) Les godemichets et autres vibromasseurs se vendant désormais en libre service, l’industrie du porno s’en empara dare-dare.
Le petit coup médical qui détendait avant le retour de l’école des enfants devient subitement franchement dégueulasse et honni et posséder un tel objet faisait de vous une femme peu respectable.

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Enfin, en 1952, c’est la fin définitive : l’hystérie est retirée de la liste des pathologies et ne nécessite donc plus de soins.

On continue toutefois de trouver des godemichets de toutes les tailles, de toutes les formes et de toutes les couleurs dans des petites boutiques spécialisées ou sur La Redoute, qui tente depuis près de 70 ans de nous faire croire que ça raffermi les chairs du visage…

 

Sources : « Figures de femmes hystériques dans la psychiatrie française au 19ème siècle
», J.Carroy-Thirard – “Technologies de l’orgasme”, R.P.Maines – «L’hystérie et la satisfaction sexuelle des femmes”, G.Didi-Huberman – “L’invention de l’hystérie, Charcot et l’iconographie photographique de la Salpêtrière” – Web Divers

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